A propos de Simone Pervenche

Simone Pervenche

- Profil de lecteur

Nom: Simone Pervenche
Langue: Français
Ville: sous la neige
Pays: FRA

Nombre de livres: 57

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Recommandation de livre de Simone Pervenche l'imprimer

Le syndicat des pauvres types

Faye, Eric

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[ Recommandation de Simone Pervenche ] Eric Faye nous dresse le portrait d'Antoine Blin, un de ces « pauvres types » (dixit l'auteur) c'est à dire un homme ordinaire que l'on peut croiser tous les jours dans la rue, au travail, à la boulangerie, chez le dentiste. Antoine n'a pas de perspectives dans la vie, il s'ennuie, il se fond dans la morosité. De plus, il est envahie par une odeur qui le suit partout et qui lui rend la vie courante très génante. Antoine Blin n'a pas accompli beaucoup de choses dans sa vie, il n'a pas construit de famille, il a un couple d'amis qu'il ne peut en réalité pas supporter. L'auteur arrive à rendre ce genre de situations comiques. Par exemple, il y a l'anecdote de Blandine: une jeune femme qui publie une annonce de rencontre dans une publication gratuite. Antoine prend contact avec elle puis lui envoye un peu d'argent pour qu'elle puisse venir lui rendre visite, faire connaissance. La voilà qui, à peine arrivée, se retrouve à passer un message à l'accueil de l'aéroport et de retrouver quatre hommes tous différents au hall dît. Déconvenues amoureuses. Cette anecdote prendra par la suite une autre forme dans le livre. L'existence d'Antoine Blin prend une tournure rocambolesque. Et l'auteur va plus loin, elle prend un virage, quand un certain André Denner fait irruption dans sa vie platonique et dépourvue de sens. Il s'agit d'une sorte de syndicat, mais parlons plutôt d'une organisation secrète rassemblant tous les gens pouvant signer sous la mention « je reconnais être un pauvre type ». Cette organisation poursuit un but: exécuter un jour la grêve de la vie, c'est à dire que l'organisation soit assez grande pour que la terre s'arrête de tourner pendant un moment : la reconnaissance des personnes assujetties au joug de la société, la voix des opprimés dont les droits ont été bafoués dès l'instant où ils ont posé un pied sur terre, la voix de ceux qui n'ont trouvé sur Terre que enfer et décadence. C'est donc une entreprise philanthropique qui s'offre à Blin. Mais quelque chose va se mettre entre le syndicat et Antoine Blin: la télévision – ou plutôt une émission de télé réalité: l'éléction de Monsieur Tout-Le-Monde. Après une sélection, l'élu pourra jouir pendant un an d'une vie de célébrité: maisons de luxe, interviews, mondanités. Après sa mort, il reposera pour une durée de six mois au Panthéon, le tombeau des grands hommes. Antoine Blin est bien sur élu. Le syndicat perd donc prise sur Antoine Blin, qui devient inaccessible de par sa notoriété grandissante. Pourtant, Denner, qui depuis la moitié du livre nous parle à la première personne, s'entiche de le retrouver et le piste. Il a peur de le perdre. Perdre son prototype du « pauvre type » en chemin vers la reconnaissance. Car la vérité éclate. Le syndicat des pauvres types n'est qu'une mise en scène crée par un professeur d'université travaillant sur la notion de peuple. Antoine Blin aurait été le premier cas d'étude pratique, mais le voilà qui s'élève dans la société, happé par la médiatisation, adulé comme une rockstar, vivant loin du besoin. Le roman ne s'achève pas là, les dernières pages prennent une tournure étourdissante. Denner est lui-même appelé à la fin du roman par la société de production de l'émission de télé-réalité. Il se trouve donc rattrapé par la société, qui le met lui-même en position de « pauvres types ». Tout ceci rend compte de la fable, à l'origine de l'histoire. Le changement de voix, tantôt « je » tantôt « il » donne à l'ouvrage un certain dynamisme. C'est un roman drôle, émouvant, cynique mais dont la construction narrative n'est pas inintéressante. Un livre pour se détendre et prendre du recul face à l'image de nous même que nous renvoie la société.

[ Citation préférée ] "Il m'aurait été facile de l'abordé mais j'ai décidé de ne rien faire, de lui laisser tout le temps nécessaire car je le savais en pèlerinage au pays du regret. Je le cueillerais plus tard, quand il serait parfaitement mûr, prêt à tomber dans mes mains. Ce qui était à l'oeuvre dans son esprit devait faire son chemin. Il marchait doucement, comme pour ne laisser aucune trace. Le square était désert, il ne risquait pas d'être reconnu. C'est à ce moment là que mon chauffeur m'a posé la question, Est-ce bien Monsieur tout-le-monde, et j'ai répondu évasivement. A mi-parcours, dans l'allée, il s'est planté devant son banc et devant la souche du catalpa. J'avais envie de lui murmurer les mots comme ils me venaient: Vois-tu les étoiles en fuite derrière toi, Antoine? D'entre ces millions d'étoiles, tu ne dois en distinguer que très peu, n'est-ce pas? Certaines, de moyenne grandeur, scintillent un peu plus que d'autres. Cette fourmilière d'étoiles, Antoine, ce sont les heures, les jours de ta vie. Dépêche-toi de les observer avant qu'ils ne s'éteigent... Dépêche-toi! Revois-tu l'instant où, par une chaleur abominable, nos regards s'étaient croisés? Tu étais assis sous l'arbre, je passais à quelques mètres."

page 166-167

[ Info ] Faye, Eric: Le syndicat des pauvres types. (Langue du livre: Français) Gallimard, 2006 . ISBN: 978-2-07-034352-2.


Ce livre est ...

Genre: Roman
Mots-clés: pauvre type, roman, osé
Langues (recommandation de livre): Français


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