A propos de stéphane gödicke
- Profil de lecteur
Nom: stéphane gödicke
Langue: Français
Ville: paris
Pays: FRA
Nombre de livres: 13
[ Recommandation de stéphane gödicke ] « Nullipare », c’est ainsi que l’on désigne, dans le règne animal, les femelles n’ayant pas eu de petits. Pour les humains, être nullipare, c’est être obsédé par cette vie que l’on n’a pas donné, c’est cette origine que l’on n’a pas été. D’où sans doute la recherche minutieuse de ses propres traces, de son empreinte dans le monde. L’auteur se retourne donc sur les pays dans lesquels elle a vécu, la langue oubliée qu’elle a jadis parlé, les appartements qu’elle a habité. Les lieux, le réseau de ce que l’on a été, là où on l’a été. Et puis sa mère, son origine à elle, l’origine radicale et non négociable de chacun, par rapport à laquelle (et souvent contre laquelle) on se pense, on se définit, on se construit. Sa mère à elle, donc, malade avant de devenir folle, et dont elle restera toujours la fille ; sa mère dont le statut, précisément, lui sera toujours refusé à elle.Â
[ Citation préférée ] Si je ne rêve plus, il m’arrive d’avoir des enfants imaginaires. Parfois, cela bondit en moi de façon saugrenue. A Bayonne, je vais au trinquet Saint-André, c’est la première fois que je vois jouer à la pelote à main nue. Deux équipes de deux jeunes hommes jouant face au mur, avançant et refluant toujours face au mur, dans le bondissement du chat (c’est d’ailleurs une pelote qu’il s’agit de prendre et de lancer), splendeur des mouvements, précision des gestes, hommes de la beauté, de l’énergie. Je m’attache à l’un d’eux, ce n’est pas le plus habile, ni le plus beau. Il rate parfois ses balles, il ne dit rien, ne laisse presque rien échapper, un léger soupir, se repositionne, se reconcentre, repart, réussit, ne sourit même pas. Je perds mon souffle suspendue aux gestes de mon héros. Mais ce n’est pas mon héros, c’est autre chose. Un fils. Brutalement, à Bayonne, au trinquet Saint-André, j’ai eu un fils, dans la splendeur inutile du jeu, j’ai eu peur qu’une balle n’échappe à mon fils, j’ai lancé des prières imbéciles et prononcé des consolations illusoires face aux adversités du jeu. J’ai eu un fils qui était un grand joueur de pelote à main nue et, même si je savais qu’il n’était pas le plus grand joueur de pelote, il l’était, parce que, moi, je savais tous les moments de son apprentissage, la lenteur de cela, le découragement dépassé et l’obstination. J’ai été une mère inquiète et heureuse, comme les autres, sachant où elle faisait vibrer la ténuité de la réussite.
[ Info ] Sautière, Jane: Nullipare.
(Langue du livre: français)
Verticales,
Paris, 2008
(2008).
ISBN: 978-2-07-012060-4.
Genre: Prose narrative
Mots-clés: récit, femme, enfants
Langues (recommandation de livre): Français