A propos de stéphane gödicke

stéphane gödicke

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Nom: stéphane gödicke
Langue: Français
Ville: paris
Pays: FRA

Nombre de livres: 13

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Recommandation de livre de stéphane gödicke l'imprimer

Wie der Soldat das Grammophon repariert

Stanisic, Sasa

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[ Recommandation de stéphane gödicke ] J’ai consacré six ans de ma vie à des recherches sur l’écrivain autrichien Robert Musil qui a jadis révolutionné l’art du roman en proclamant qu’il fallait « affranchir l’art narratif du monopole des nourrices » – autrement dit qu’il était devenu très démodé de raconter des histoires, et que seules les nourrices osaient encore recourir à ce grossier subterfuge dans le but d’endormir les enfants. Pour sa part, il réclamait plus de réflexion et moins de narration, voulait rendre le roman plus intelligent, car de lui dépendait la solution de très anciens problèmes éthiques, moyennant quoi Musil est mort en laissant inachevé un roman de plusieurs milliers de pages qui constitue pour les chercheurs une source de dépression très appréciée.  


Tout comme jadis son éditeur Ernst Rowohlt, j’ai idolâtré Musil (« Ich habe Musil abgöttisch verehrt ») et je m’étais mis à mépriser les romans qui prétendaient me distraire en me racontaient des histoires. Après tout, je n’étais plus un enfant, et puis quel écrivain pouvait de bonne foi prétendre faire une bonne nourrice, en tout cas je m’imaginais les nourrices avec de tout autres attributs même si pour ma part, je n’avais jamais eu la chance d’avoir de nourrice et que peut-être pour cette raison-là on ne m’avait jamais raconté beaucoup d’histoires. Bref, j’étais entré en servitude intellectuelle.   

J’en étais là de mon odyssée de l’esprit lorsqu’un jour, je suis tombé sur un extrait de la traduction française du Soldat et le gramophone, publiée dans les Inrocks. Le titre du premier chapitre, par son côté baroque, m’a rappelé les têtes de chapitres des romans picaresques pastichés par Musil dans L’Homme sans qualités (« Chapitre un : D’où, chose remarquable, rien ne s’ensuit ». « Chapitre 7 : Dans un moment de faiblesse, Ulrich s’attire une nouvelle amie ». « Chapitre 28 : Un chapitre que peut sauter quiconque n’a pas d’opinion personnelle sur le maniement des pensées », etc.) Et puis il y avait l’ironie, l’humour, le second degré, « encore un qui a tout piqué à Musil », me dis-je avant de foncer à la librairie allemande la plus proche pour me procurer le roman.   

Pourtant, devant le foisonnement délirant d’histoires imbriquées, juxtaposées, variées, répétées, entrefilées, devinées, esquissées, brodées, insérées, abandonnées, je n’ai pas tardé à m’apercevoir que l’objet littéraire en question n’avait pas grand chose en commun avec l’opus de son collègue « cacanien », à part peut-être que tous deux racontent à leur façon la disparition d’un monde dans la guerre et le chaos, une histoire d’amour impossible et sans doute irréelle, la fin d’une mosaïque de peuples dans une forme elle-même mosaïque, parodique et ironique. Mais à part cela, les deux romans et les deux auteurs n’ont rien, absolument rien en commun, et l’un serait peut-être même le négatif de l’autre, puisque Stanisic pousse à fond le principe de l’ultra-narration. Son histoire n’est pas une histoire mais des dizaines d’histoires enchâssées, variées, reprises. Si Musil minait le principe de la narration en l’interrompant sans cesse par des digressions et des réflexions abstraites, Stanisic en fait de même en multipliant à l’envie les histoires. Pas une once de théorie chez Stanisic, pas une maxime à portée générale, on ne sort jamais de l’histoire narrée.    

A l’arrivée, il n’est aucunement question ici de se prononcer sur la valeur respective des deux romans aux yeux de l’histoire littéraire, mais j’affirme qu’incontestablement, Le Soldat et le gramophone est une expérience de lecture enrichissante.

[ Citation préférée ] Du hattest keinen Opa, Aleksandar, du hattest einen Traurigen. Der trauerte um seinen Fluss und seine Erde. Der kniete sich hin, kratzte in dieser seiner Erde, bis ihm die Fingernägel brachen und Blut kam. Der streichelte Gras und roch daran und weinte in die Grasbüschel wie das kleinste Kind - meine Erde, wie bist du mir getreten und jedem Gewicht ausgeliefert. Du hattest keinen Opa, einen Dummen hattest du. Der soff und soff. Der ass Erde, würgte Erde, kroch dann auf allen vieren ans Ufer, spülte sich mit dem Fluswasser den Mund aus. Wie liebte dein Trauriger seinen Fluss! Seinen Cognac - dein Dummer, der nur lieben konnnte, was er unterjocht und gedemütigt sah. Der nur lieben konnte, wenn er soff und soff.

[ Info ] Stanisic, Sasa: Wie der Soldat das Grammophon repariert. (Langue du livre: allemand (enfin, kind of...)) BTB, München, 2008 (2006). ISBN: 978-3-442-73762-8.


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Genre: Roman
Mots-clés: musil
Langues (recommandation de livre): Français


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stéphane gödicke

[ 17.06.09 - 20:07 ] [ Commentaire de stéphane gödicke ] Dans le cas de Stanisic, il y a une langue qu'il a été contraint d'apprendre à cause de l'émigration, ou plutôt de la fuite d'un pays en guerre. Mais je pense qu'au final la question n'est pas celle de la communication (on communique plus ou moins bien dans n'importe quelle langue qu'on a apprise) mais celle de la création artistique. Acheter du pain ou avoir une conversation entre amis dans une langue étrangère n'est pas la même chose que d'écrire un roman... Les exemples de succès littéraires sont plutôt rares, mais on peut quand même penser à Nabokov, Joseph Conrad (pour l'anglais) et donc aussi Stanisic pour l'allemand. Pour l'anglais, je ne peux pas trop juger, mais pour Stanisic, je trouve que ça donne parfois une tournure poétique à son écriture, en raison du léger décalage par rapport à ce qu'on dirait en allemand standard...


Simone Pervenche

[ 17.06.09 - 00:59 ] [ Commentaire de Simone Pervenche ] Oui, je pense que c'est une chance d'avoir plusieurs langues. Celle pour parler avec ses parents ou grand-parents s'impose d'elle-même mais les autres?... Je ne pense pas qu'il s'agisse ici de fuir sa langue maternelle pour en trouver une autre mais bien de trouver un moyen alternatif pour communiquer... pour dire ce qu'il y a à dire dans cette langue (et non dans l'autre). Après vient la question: faut-il traduire? Traduire est-il trahir et si oui, dans quelle mesure?


stéphane gödicke

[ 16.06.09 - 23:04 ] [ Commentaire de stéphane gödicke ] Et oui, certaines images de Stanisic sont vraiment belles, je crois que le fait que l'allemand ne soit pas sa langue maternelle (ça s'entend très bien quand il parle) lui donne paradoxalement une grande créativité linguistique. Le roman est plein de néologismes que je trouve très réussis et très évocateurs.


Simone Pervenche

[ 12.06.09 - 17:48 ] [ Commentaire de Simone Pervenche ] Je suis en train de lire ce livre. Une phrase m'a plue: "Wenn du schnell fliesst, ist das wie leut schreien."! (s.23)






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