A propos de Isabelle Bryskier

Isabelle Bryskier

- Profil de lecteur

Nom: Isabelle Bryskier
Langue: Français
Ville: Paris
Pays: FRA

Nombre de livres: 15

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L'Hirondelle avant l'orage

Le Dictateur et le Poète

Littell, Robert (Cécile Arnaud (traduction))

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[ Recommandation de Isabelle Bryskier ] « C'étaient des temps apocalyptiques et le malheur nous suivait à la trace. »
Ainsi parla la poétesse russe Anna Akhmatova du joug stalinien et de l’époque de terreur et de répression qui s’ensuivit en Russie, « l’un des chapitres les plus abominables de mille ans d’histoire russe ».
« Mais tu as l’échine brisée/ Mon beau, mon pitoyable siècle »,
déclamait quant à lui Ossip Mandelstam.
En pleine terreur, le poète osa défier Staline dans une épigramme cinglante, clandestine, qui provoqua sa perte, Le Montagnard du Kremlin ( 1933) :
"Et chaque massacre réjouit / L’Ogre Ossète", ou bien :"Nous vivons, sourds au pays en dessous de nous/ Dix marches plus bas personne n’entend nos paroles, Mais si nous tentons la moindre conversation Le Montagnard du Kremlin y prend part."
Arrêté en 1934, il est condamné à trois ans d’exil à Voronej (où il écrira les Cahiers de Voronej). Arrêté une seconde fois en 1938, il meurt dans un camp de la Kolyma
L’épigramme est le point de départ du dernier roman de Robert Littell, L’Hirondelle avant l’orage.
Grand connaisseur du bloc soviétique, Littell nous avait habitués à des romans d’espionnage. Ce roman est un récit très documenté, entre histoire et fiction, sur la fin de vie de Mandelstam et sur la déchéance du poète chéri des Russes.
Construit comme un roman témoignage où les personnages historiques - tels Akhmatova, Pasternak, voire Staline lui-même - et fictifs se côtoient, L’Hirondelle avant l’orage est plus qu’un énième roman dénonçant l’absurdité du régime stalinien. Ce livre est avant tout une réflexion sur le rôle de l’artiste. Mandelstam est le symbole du poète engagé, lui qui rêvait d’un poème qui réveillerait le pays, créerait une onde de joie et de liberté. Lui, qui « ne vivait pas pour la poésie, vivait par elle. Il lui était donné de savoir avant de mourir que la vie c’était l’inspiration[1] », lui qui ironisait : « Je suppose que je ne devrais pas me plaindre. J'ai la chance de vivre dans un pays où la poésie compte – on tue des gens parce qu'ils en lisent, parce qu'ils en écrivent. » Mandelstam n’était pas un poète dissident, il était juste Poète.
« En me privant des mers et de l’élan et de l’aile, en donnant à mon pied l’assise d’une terre violente qu’avez-vous obtenu ? Piètre calcul ! Vous ne m’avez pas pris ces lèvres qui remuent », écrira-t-il à peine un an avant sa mort.
L’Hirondelle avant l’orage est un roman hommage à ce poète qui, dans l'enfer des camps de la Kolyma, récitait des vers aux autres prisonniers ; roman hommage à ce couple qui a bouleversé Littell, et surtout à une femme, Nadejda Mandelstam, l’épouse, qui avec amour et ferveur apprit par cœur les poèmes d’Ossip pour les faire connaître, le suivit en exil, en disgrâce.
Un roman né d’une rencontre il y a trente ans, entre Littell et la veuve de Mandelstam, et d’une phrase, anodine en apparence, « Ne parlez pas anglais dans les couloirs. »
Comme l’écrira ensuite Robert Littell : « Je ne m'en souviens plus mais quand elle m'a raccompagné à la porte, elle m'a dit simplement: “Surtout ne parlez pas en anglais dans le couloir !”» Comme si elle ne pouvait plus s'arracher à la terreur et aux cauchemars de l'époque stalinienne, quand tout contact avec un étranger pouvait vous envoyer au goulag ou dans les sous-sols de la Loubianka avec une balle dans la nuque. C'était il y a trente ans. Depuis, je n'ai cessé de penser au livre que j'écrirai sur elle et sur Ossip Mandelstam dans les dernières années de sa vie. »
Enfin, L'Hirondelle avant l'orage est une belle introduction à la poésie russe.
Pour connaître plus le couple Mandelstam, on peut se plonger dans les mémoires de Nadejda, Espoir contre espoir (1970) et Fin de l’espoir (1974) ou se laisser entraîner par la beauté des poèmes de Mandelstam.
Poésie complète de Mandelstam en 4 volumes bilingues (traduction et commentaires de Henri Abril) : Cahiers de Voronej, éd. Circé, 1998 ; Poèmes de Moscou 1930-1934, éd. Circé, 2001 ; Le Deuxième livre, éd. Circé, 2002 ; La Pierre, éd. Circé, 2003.


[1] Nadejda Mandelstam, Espoir contre espoir,

[ Info ] Littell, Robert: L'Hirondelle avant l'orage. Le Dictateur et le Poète. (Langue du livre: français, anglais) Cécile Arnaud (traduction). Baker Street,


Ce livre est ...

Genre: Roman
Mots-clés: intelligent, historique, émouvant
Style: passionnant, intéressant
Recommandé pour: Lecture invitant à la réflexion, émouvant
Langues (recommandation de livre): Français


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